Christian Taillandier/L'Express
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« Il faut penser et agir avec toute la complexité de l'amour réel,
se garder de la rigueur de l'esprit. Il faut croire à de multiples et changeantes vérités, combattre au jour le jour, et aimer en son coeur autre chose que soi-même. Il faut créer. »
Jean-Jacques Servan-Schreiber
Hommage de Franklin Servan-Schreiber Eglise de Veulettes-sur-Mer, 11 novembre 2006
A la mort de son père, en 1967, mon père a écrit un très beau texte qui devient la préface de « Raconte Encore », le livre que notre grand père avait dédicacé à tous ses petits enfants. C'était un texte touchant d'affection et d'admiration pour le courage, la sérénité, et la paix avec laquelle s'était éteint son propre père. Quelques années plus tard ma tante Christiane nous a aussi raconté la mort de notre Grand Père. Après le dîner, à la ferme, nous avions commencé à parler de souvenirs, et spontanément plusieurs d'entre nous, ces neveux, lui avions demandé de nous parler de « Daddy » comme il était surnommé. Alors elle nous a transmit le souvenir, avec l'émotion dans la voix qui en disait plus que tout, de la beauté admirable de ce moment toujours préservé dans un écrin de tendresse. Nous l'avions écouté avec toute notre attention, nous avions pleuré de douces larmes avec elle sur ce souvenir qui englobait toute une vie. Notre Grand Père était un exemple à suivre, dans la vie, jusqu'au bout. J'ai eu la chance d'être en présence de mon père pour son dernier souffle, comme il l'avait été pour son père avant moi. Je dis la chance car vraiment nous n'avions pas prévu, ou peu être ne voulions nous pas penser, qu'il pouvait nous quitter si subitement. Je suis donc là pour témoigner à mon tour de son courage, de sa dignité, et de la sérénité avec laquelle il a conquit cette dernière épreuve. L'après midi même il était vivace, parlant légèrement de politique avec Emile, s'adressant tendrement à ma mère, relisant son carnet Hermès oû Liliane lui avait noté les événements de la semaine, parcourant l'Express à travers ses grosses lunettes d'écailles qui lui rendaient le regard encore plus vif et critique. Il avait gardé ses vieux réflexes quand il parcourait un texte, se plaisir des mots. Ce fût une belle mort, sans souffrance ni pour lui, ni pour nous. Tristesse, oui mais pas d'amertume ou de regret. Après nous avoir offert tant d'amour, son dernier cadeau fût, comme pour son père avant lui, celui de l'espoir, du courage, et de la tendresse. Merci d'être avec nous pour célébrer aujourd'hui sa mémoire, et a travers lui celle de toute une famille qui se nourrit à travers les générations de courage et d'affection depuis nos ancêtres Joseph et Clara. Vont témoigner aujourd'hui ses sœurs, Christiane et Bernadette, suivit de représentants de l'autre génération, avec Pascaline pour tous les cousins qui nous sont si chers, puis ses fils, mes frères, David et Edouard. Merci d'être avec nous.
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